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Les
coalitions ouvrières :
la grève, avant le droit de grève.
La
répression
d'une coalition de garçons boulangerS
à Angoulême
(Charente),
juillet 1832.
par Marc Nadaux
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Le 8 juillet 1832, Duboys, Commissaire principal de la ville d'Angoulême,
sur le rapport de son adjoint Mallat, préposé au faubourg de l'Houmeau,
apprend au Préfet de la Charente qu'une coalition d'ouvriers boulangers
s'est formée dans la ville, ayant pour but d'obtenir de leurs employeurs
une augmentation de salaire.
Le 12 juillet suivant, le Préfet apprend l'affaire au
Ministre, qui le 19 juillet lui répond et l'informe de la démarche à
suivre en cette occasion. Ainsi, Montalivet, Pair de France, signifie à
son subordonné : " Je ne puis que vous inviter à seconder de tous
vos moyens l'action judiciaire ".
Quatre des principaux meneurs ayant été arrêtés, ces
derniers, âgés de dix-sept à vingt ans, sont jugés le 19 juillet -
soit avant que la réponse du Ministre ne parvienne au Préfet, et
condamnés : dix jours d'emprisonnement auxquels s'ajoute une amende
" attendu qu'il existe en leur faveur des circonstances atténuantes
". |
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Rapport du Commissaire de police d'Angoulême au Préfet,
8 juillet 1832. |
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Le Ministre de l'Intérieur, comte de Montalivet, au
Préfet, 19 juillet 1832. |
Rapport du Commissaire de police d'Angoulême au Préfet
8 juillet 1832.


Angoulême, le 8 Juillet 1832
Monsieur le Préfet,
J'ai
l'honneur de vous adresser copie du procès-verbal dressé contre les
garçons boulangers, principaux moteurs de la coalition qu'ils avaient
formée pour faire augmenter le prix que leur donnent ordinairement les
boulangers leurs maîtres.
" Aujourd'hui Sept Juillet Mil huit cent trente deux, nous Elie Duboys,
Commissaire de police de la ville d'Angoulême, avons été informé qu'un
certain nombre d'ouvriers garçons boulangers avait formé une coalition
tendant à faire augmenter les prix que leur donnent les boulangers chez
lesquels ils travaillent. Pour parvenir à leur but, ils avaient fait le
projet de sortir tous de chez leurs maîtres et d'employer la force
contre ceux qui se refuseraient à signer le pacte qu'ils avaient
souscrit : nous avons appris que plusieurs de ces ouvriers avaient passé
dans les boutiques des boulangers de cette ville et des faubourgs,
notamment chez Messieurs Rouffignac, Dupin, Robert, George et Bouillaud,
pour faire signer cet écrit à tous les garçons boulangers et faisaient
des menaces à ceux qui s'y refusaient.
Nous en avons de suite donné connaissance aux autorités de cette ville,
et sur l'avis de Monsieur le Procureur du Roi, nous avons pris tous les
renseignements nécessaires pour connaître les principaux moteurs de ce
complot et opérer leur arrestation, instruit que les nommés Alexandre
Laplaigne, Jean Darit, Alexandre Robinaud et Clément Chaignaud étaient
les auteurs principaux ; en conséquence nous Jean Mallat et Elie Duboys,
Commissaires de police soussignés, nous sommes transportés au domicile
de chacun d'eux, soit au faubourg l'Houmeau, soit en cette ville ; nous
avons arrêté au nom de la loi les quatre individus ci-dessus dénommés et
les avons conduits à la prison civile où nous les avons déposés.
Nous Elie Duboys étant dans la maison du sieur Boisset où restait depuis
quelque temps le nommé Alexandre Robinaud, après avoir fait différentes
questions à ce dernier, il nous a avoué qu'il était le dépositaire de
l'engagement par écrit qu'ils avaient fait : sur notre réquisition il
nous l'a remis, en nous déclarant que c'était Alexandre Laplaigne qui
l'avait fait dans la nuit du premier au deux de ce mois chez le sieur
Boisset, rue de l'Arsenal, n° 9. Muni de cette pièce à
conviction, nous l'avons jointe au procès-verbal pour être le tout remis
à Monsieur le Procureur du Roi et être donnée telle suite qu'il
appartiendra. Et avons signé avec mon dit sieur Mallat ".
Signé
Jean Mallat et E. Duboys. Angoulême, le 8 Juillet 1832.
Le Ministre de l'Intérieur, comte de Montalivet, au
Préfet,
19 juillet 1832.

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