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                                                                                La crise économique de 1846-1847

 

La crise économique
de 1846-1847.



par Marc Nadaux







Sous la Monarchie de Juillet, la France connaît sa dernière crise de subsistance. Elle prend naissance en 1845 avec la maladie de la pomme de terre, que connaît également de manière dramatique l'Irlande à la même époque. Ces difficultés sont aggravées par les mauvaises récoltes dans les deux années qui suivent. Alors que le prix du pain s'envole, les troubles éclatent dans l'Ouest, dans les régions du centre ainsi qu'en Lorraine. La foule s'empare alors des convois de blé et de pommes de terre, pillant les greniers et les boulangeries. 

A l'automne 1847, c'est maintenant l'industrie qui est atteinte. Faute de commandes, les usines ferment. Dans les Caisses d'épargne, les retraits se multiplient et l'État éprouve bientôt des difficultés à rentrer l'impôt. A Paris et dans les grandes villes de Province, affluent les populations ouvrières désœuvrées tandis que la bourgeoisie, elle aussi touchée par le marasme économique, commence à se détacher du gouvernement de François Guizot et du soutien au régime de Louis-Philippe.     








Lettre du procureur du Parquet de Rocroi au Garde des Sceaux
l'informant des troubles survenus à Givet
au passage d'un bateau chargé des pommes de terre
à destination de la Belgique, 29 octobre 1845.



Département des Ardennes
      Tribunal de Rocroi
Parquet du Procureur du Roi


Rocroi, Le 29 octobre1848



Monsieur le Garde des Sceaux,


   J'apprends seulement aujourd'hui qu'il y a eut à Givet un rassemblement considérable à l'occasion du passage dans cette ville par la voie de la Meuse, d'un bateau chargé de pommes de terre, et qui étaient destinées à l'exportation pour la Belgique.
   La partie de la population qui avait formée ce rassemblement était sur le port et voulait s'opposer par la force au passage de ce bateau en pays étranger. Il y a eut à ce qu'il parait des propos graves tenus en cette circonstance : on se plaignait très vivement de ce qu'on permit l'exportation des denrées de consommation qui manquent complètement dans cet arrondissement, car la récolte de pommes de terre y est à peu près nulle. L'autorité locale est parvenue à calmer et à dissiper ce rassemblement, mais l'on craint que si semblable fait se reproduisait, on ne parvienne pas aussi facilement à contenir les mécontents. 
   Aucune arrestation n'a été opérée, et je ne connais cette affaire que par voie indirecte mais M. le Préfet a reçu un rapport qui contient à peu près les faits que j'ai l'honneur de porter à votre connaissance.
   J'ai écrit immédiatement au Juge de Paix de Givet, en lui adressant de sévères observations sur le silence dans lequel il s'est renfermé dans cette occasion, je lui recommande de s'informer à l'avenir promptement et distinctement de tous les événements qui peuvent à un si haut degré intéresser l'ordre public.
   Vous pouvez être assuré, Monsieur le Garde des Sceaux, que si semblable rassemblement se renouvelait, et qu'il vint aboutir à la perpétration d'un délit, je me transporterais à Givet, ou sur tout autres point de l'arrondissement où il pourrait se produire, et  que force demeurera à la loi.
   Je sais qu'il faut apporter dans ces graves affaires autant de prudence que de fermeté.


Je suis avec un profond respect,

Monsieur le Garde des Sceaux,

Votre très humble et très obéissant serviteur,


E. Desoudin.