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                                                                              Pierre Philippe DENFERT-ROCHEREAU

 

Pierre Philippe
DENFERT-ROCHEREAU 

(Saint-Maixent, 11 janvier 1823 -
Versailles, 11 mai 1878)


Français.

Militaire.



par
Marc Nadaux


 

     Quelques dates :

1847,
affecté au 2ème régiment du génie à Montpellier.
1848, la révolution de février l’enthousiasme
.
1850,
auprès de l’état-major à Toulon.
1860, en poste à Constantine.
1864, nommé à Belfort.
1870, nommé colonel à titre temporaire et gouverneur de Belfort.
 1871, la garnison de Belfort quitte la ville, devant les Prussiens qui leur rendent les honneurs de la guerre.
         commandeur de la Légion d'honneur.
         élu député de la Charente-Inférieure.



 






Pierre Marie Philippe Aristide Denfert-Rochereau naît le 11 janvier 1823 à Saint-Maixent, dans le département des Deux-Sèvres. Il appartient à une famille de confession protestante de la moyenne bourgeoisie. Son père, René-Clovis, fils d’un marchand de tissus, s’est marié en 1822 à Marie Constance David de Lanoue, elle-même fille d'un planteur de Saint-Domingue. Il exerce les fonctions de percepteur dans la cité, avant d’être nommé à Niort en 1848. Entre temps, en 1837, Pierre Philippe Denfert-Rochereau quitte le foyer paternel et sa ville natale afin de poursuivre ses études secondaires à Toulouse, auprès de son oncle, qui est inspecteur d'académie. Après le décès de ce dernier, il est admis au lycée de Poitiers, se rapprochant ainsi de Saint-Maixent. En 1841, le jeune homme subit un premier échec au concours d'entrée à l'École polytechnique. Son père l’envoie alors à Paris, où Denfert-Rochereau suit les cours du lycée Louis-le-Grand et de l'institution Mayer. Grâce à ces quelques mois de préparation intensive, il est bientôt admis au sein de l’institution, au mois de septembre 1842.

Dans les années qui suivent, l’étudiant s’imprègne de l’idéal saint-simonien qui domine les lieux. Cette foi dans le progrès s’accompagne également chez cet observateur attentif du peuple de Paris d’une envie de justice sociale. Aussi Denfert-Rochereau se familiarise également à cette époque avec la pensée de Charles Fourier, que développe son disciple Victor Considérant. Ses goûts personnels le poussent vers le métier d’ingénieur et le prestigieux corps des Ponts et Chaussées. Cependant, classé cinquante-sixième sur cent trente-sept aux examens de sortie, il est contraint d’opter pour une carrière militaire. Le 1er février 1845, Denfert-Rochereau entre comme sous-lieutenant élève a l'École d'application de l'artillerie et du génie, à Metz. Difficile pour lui cependant de se faire aux contraintes de la vie d’officier. Le manque de liberté lui pèse, à tel point qu’il songe un temps à démissionner. Sorti premier de l'École d'application et nommé lieutenant le 30 décembre 1846, Pierre Philippe Denfert-Rochereau est aussitôt affecté au 2ème régiment du génie, qu'il rejoint à Montpellier en février 1847.



La révolution de février 1848 l’enthousiasme. S’il regrette le recours à la force de la rue dont abuse à ses yeux Auguste Blanqui, l’officier croit tout de même en l’action des socialistes du Gouvernement provisoire, en Louis Blanc notamment. Alors que la jeune République réprime au mois d’avril l’insurrection ouvrière - suite à la fermeture des Ateliers nationaux -, Denfert-Rochereau est à Bourg-en Bresse, auprès de l’armée des Alpes. Contrairement à son espérance, celle-ci n’est pas envoyée à l’étranger afin d’appuyer le mouvement des nationalités du Printemps des Peuples, mais en Italie. Au mois de juin 1849, un corps expéditionnaire arrive à Rome, qui a pour mission de combattre la République et de restaurer le pouvoir temporel du Pape. Le militaire, qui a donné sa voix à Ledru-Rolin aux élections présidentielles du mois de décembre 1848, doit obéir aux nouvelles autorités, dominées désormais par la figure de Louis-Napoléon Bonaparte. Denfert-Rochereau participe ainsi au siège et à la prise de Rome.

Rapatrié peu après pour des raisons de santé et promu capitaine, il prend ses nouvelles fonctions auprès de l’état-major à Toulon, au mois de février 1850. Dans la cité varoise, l’officier fréquente les cercles fouriéristes et républicains. Ceci lui vaut d’être inquiété par la police locale et finalement muté en Corse en 1851. A cette époque, Denfert-Rochereau est tout entier à la préparation des festivités de son mariage prochain avec Pauline Surleau, fille d'un pasteur protestant de Montbéliard, qui est célébré le 29 mars 1852. De cette union naîtront deux enfants : Marie-Pauline en 1853 et Louis-Aristide en 1854. Aussi ne prend-il pas part aux mouvements de résistance au coup d'État du 2 décembre qui embrase la région.

De 1852 à 1854, le capitaine Denfert-Rochereau sert le Second Empire à Calvi, puis à Napoléon-Vendée et enfin à Arras. Si les libertés sont étouffées désormais sous le Second Empire, l’officier approuve par ailleurs les orientations du souverain en matière de politique étrangère. Convaincu de la légitimité du " droit des peuples à disposer d'eux-mêmes ", Napoléon III ambitionne ainsi la remise en cause du découpage de l’Europe issu du congrès de Vienne. La France retrouve également sa place dans le concert des nations en s’associant avec l’Angleterre de la reine Victoria dans une intervention en Crimée contre la Russie. Ainsi, le 1er février 1855, Denfert-Rochereau s'embarque pour l’Orient. A Sebastopol, le 18 juin 1855, au cours de la première attaque contre la tour Malakoff, une balle lui traverse la jambe gauche.

Rapatrié en France, l’officier est affecté au mois de décembre 1855 à l'École d'application de Metz, en tant que professeur de fortification. Persuadé du bien-fondé de la conquête coloniale, au nom notamment de la mission civilisatrice à accomplir par les Français, Denfert-Rochereau part pour l'Algérie au mois d’avril 1860, à sa demande. Pendant quatre années, en poste à Constantine, à Orléansville puis à Blidah, il fait œuvre de bâtisseur au-delà de la Méditerranée, construisant des casernes, des ponts, des barrages. Cependant, malgré l'œuvre accomplie, mûrit dans son esprit un certain scepticisme quant à l’avenir de la colonisation française en Afrique du Nord.



Nommé chef de bataillon en 1863, à l’âge de quarante ans, Denfert-Rochereau rentre en métropole en 1864 et est nommé à Belfort, non loin de Montbéliard où réside à l’époque sa belle-famille. L’officier entreprend alors d'améliorer les défenses de la place, des travaux qui s’avéreront utiles quelques mois plus tard. Alors que la guerre de 1870 éclate, le général Crouzat, qui commande à Belfort, est appelé à Besançon. Denfert-Rochereau, promu lieutenant-colonel depuis le 1er octobre, est nommé peu après colonel à titre temporaire et gouverneur de Belfort par Léon Gambetta. Ce dernier est à présent ministre de l’Intérieur d’un Gouvernement de Défense nationale, au pouvoir depuis la défaite de Sedan et la proclamation de la république le 4 septembre précédent. Mobilisant ses officiers à qui il demande de prendre un maximum d’initiatives, mais aussi ses troupes (seize mille hommes, dont un quart sont issus d’unités régulières de ligne) et la population de la ville, Denfert-Rochereau entend résister à un corps d'armée prussien qui a investit la place depuis le 3 novembre 1870. Un mois plus tard, l'artillerie prussienne commence le bombardement de Belfort et le siège se fait plus pénible à supporter. Aux dégâts matériels et aux pertes humaines importantes, s’ajoutent bientôt la pénurie croissante de vivres et la propagation de diverses maladies. Installé dans une casemate de la tour des Bourgeois, à la porte de Brisach, Denfert-Rochereau s'emploie alors à distribuer au mieux les réserves de nourriture disponibles, à organiser les soins aux blessés et aux malades, à lutter contre tout mouvement de panique. Poursuivant le combat malgré l'armistice du 28 janvier 1871, la garnison de Belfort ne cesse le feu que le 13 février, sur l'ordre du gouvernement français. Et le 17, douze mille hommes quittent la ville, devant les Prussiens qui leur rendent les honneurs de la guerre. A Grenoble, le colonel Denfert-Rochereau procède ensuite à leur licenciement, étant placé lui-même le 10 mars en non-activité par suppression d'emploi.

Nommé commandeur de la Légion d'honneur le 18 avril 1871, l’héroïque officier est placé le 28 avril suivant en position de disponibilité. Le fait d’armes de Belfort, ses prises de position républicaines indisposent en effet le haut commandement, dont les chefs sont revenus d'exil ou de captivité. Ainsi le colonel Denfert-Rochereau n’est pas impliqué dans les combats de la Semaine sanglante qui met fin à la Commune. S’il désapprouve l'insurrection parisienne, cette répression impitoyable lui déplaît également. Revenu à la vie civile, l’ancien officier se consacre à présent à ses fonctions de parlementaire. Aux élections partielles du 2 juillet 1871, il est ainsi élu dans trois départements, optant finalement pour la Charente-Inférieure. Denfert-Rochereau siège auprès de la gauche républicaine au sein d’une assemblée à majorité conservatrice et monarchiste. Réélu au mois de février 1876, cette fois-ci dans le Vlème arrondissement de Paris, il prend place aux côtés des gambettistes de l'union républicaine et figure ainsi parmi les trois cent soixante-trois adversaires du maréchal de Mac-Mahon lors de la crise du 16 mai 1877. A la suite de nouvelles élections organisées peu après, Denfert-Rochereau entame un troisième mandat. Au cours de ces années, c’est aux questions militaires qu’il consacre l'essentiel de son activité. Le défenseur de Belfort préconise ainsi un service militaire obligatoire de deux ou trois ans, la multiplication des champs de tir permettant l’entraînement d’un grand nombre de futurs soldats. Il réclame également le droit de vote pour les militaires - qui leur avait été retiré en 1872 – dans deux articles publiés dans la Revue politique et littéraire, aux mois de décembre 1873 et mai 1874.



Le 11 mai 1878, le colonel Denfert-Rochereau décède subitement à Versailles, à l'âge de cinquante-cinq ans, des suites d'une bronchite mal soignée. Ses obsèques ont ensuite lieu à Montbéliard, aux frais de l'État.