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NAPOLÉON III 

(20 avril 1808 - 9 janvier 1873)


Français.

Homme politique.



par Marc Nadaux


 

     Quelques dates :

1831, s’engage aux côtés des révolutionnaires carbonari en Romagne.
1839, Des Idées napoléoniennes.
1840, débarquement à Boulogne.
         Arrêté, jugé à la Chambre des Pairs et interné au fort de Ham.
1844, L’Extinction du paupérisme.
1848, élu Président de la Seconde République.
1851, coup d'Etat du 2 décembre.
1852, proclamation du le Second Empire.
1853, se marie à Eugénie Maria de Montijo Guzman, fille d’un Grand d’Espagne.
1856, naissance d'un fils, le Prince impérial.
1858, attentat d'Orsini.
1859, campagne d'Italie.
1870, défaite de Sedan face aux armées prussiennes et proclamation de la République.
1871, Exil en Angleterre.

 






Charles-Louis-Napoléon Bonaparte naît à Paris le 20 avril 1808. Il est le troisième fils de Louis Bonaparte, roi de Hollande et frère cadet de Napoléon Ier, et d’Hortense de Beauharnais, fille d’un premier mariage de l’Impératrice Joséphine. Louis-Napoléon est ainsi le premier membre de la famille Bonaparte à naître après la proclamation de l’Empire, le 18 mai 1804. Jusqu’en 1811 et la naissance du Roi de Rome, l’enfant et ses deux frères sont élevés dans la perspective de succéder un jour à leur oncle sur le trône impérial. En effet, l’Empereur et son frère aîné Joseph n’ont pas encore à cette époque d’héritier tandis que Lucien et Jérôme sont bientôt écartés de la succession.

L’enfant ne connut jamais son frère aîné Napoléon-Charles, qui décède à l’âge de cinq ans en 1807. Sa mère Hortense se sépare rapidement de son père. De 1810 à 1817, elle entretient une liaison avec Charles de Flahaut, un officier de l’État-Major impérial. L’enfance de Louis-Napoléon se partage donc entre Paris et Saint Leu. Avec la chute de l’Empire et l’abdication définitive de Napoléon Ier, Hortense et sa famille sont contraints à l’exil hors du royaume de France. Après quelques mois d’errance, ils s’installent enfin à Arenenberg en Suisse, au sud du lac de Constance. L’éducation de Louis-Napoléon est alors confié de 1820 à 1827 à un précepteur, Philippe le Bas. Ce fils de conventionnel a une grande ascendance sur son élève. Celui-ci entre ensuite au Gymnase d’Augsbourg, puis à l’École d’artillerie de Thun en 1829 qu’il quitte avec le grade d’officier.

A cette époque, sa mère Hortense multiplie les voyages en Italie. Elle se rend notamment à Rome en compagnie de son fils afin de renouer avec le clan Bonaparte. Louis-Napoléon se familiarise rapidement avec sa nouvelle existence. Avec son frère Napoléon-Louis, il se lie bientôt avec des patriotes italiens en lutte contre les autorités autrichiennes. En 1830, des nouvelles venues de France lui apprennent alors les événements de juillet et la chute du roi Charles X. Le nouveau monarque, Louis-Philippe d’Orléans, maintient cependant en vigueur la loi du 12 janvier 1816 qui interdit à sa famille le séjour sur le territoire français. Louis-Napoléon et son frère décident donc de s’engager plus avant aux côtés des révolutionnaires carbonari. Ils participent ainsi à leur côté aux insurrections qui agitent la péninsule italienne et la Romagne en 1831. Napoléon-Louis décède alors de la rougeole tandis que la violente répression qui met un terme au soulèvement patriotique italien contraint Hortense et son fils à quitter la péninsule. Ils se réfugient en Angleterre avant de rejoindre Arenenberg et la Suisse.



Sous l’influence de son ami Victor de Persigny, Louis-Napoléon se décide bientôt à l’action contre la Monarchie de Juillet. Il fait alors le choix de la ville de Strasbourg. Ses habitants s’étaient en effet illustrés quelques années auparavant par la virulence de leur opposition à Charles X lors des Trois glorieuses. Le 30 octobre 1836, Louis-Napoléon tente ainsi de gagner à sa cause les garnisons de la ville-frontière. Cependant, privés de réels soutiens politiques, peu d’officiers se rallient à sa cause. Le coup de force contre le pouvoir en place est un échec complet. Arrêté et gracié sans jugement par Louis-Philippe, l’agitateur est exilé au delà de l’Océan, aux États-Unis. En affirmant de la sorte ses prétentions, Louis-Napoléon s’est cependant fait un nom au sein des milieux bonapartistes.

Le prétendant est de retour quelques mois plus tard en Europe. Pendant l’été 1837, Louis-Napoléon Bonaparte assiste ainsi sa mère, souffrante d’un cancer, dans ses derniers instants. Hortense Bonaparte décède le 5 octobre suivant. Mais sous la pression du Gouvernement français, il doit bientôt quitter la propriété familiale d’Arenenberg. Commence un nouveau séjour en Angleterre pour celui qui se considère désormais comme le garant de la tradition impériale, depuis le décès du Roi de Rome en 1832. Dans la capitale londonienne, Louis-Napoléon mène une existence mondaine au cours des années qui suivent. Le 10 août 1839, il fait publier un opuscule intitulé Des Idées napoléoniennes dans lequel il s’essaie à une analyse de l’œuvre politique de son oncle. Cet ouvrage qui est également un exposé de la doctrine bonapartiste connaît un grand succès en France et dans l’Europe entière.

L’année suivante, Louis-Napoléon organise un nouveau pronunciamiento contre le gouvernement de Louis-Philippe d’Orléans. Avec l’aide de quelques-uns de ses proches, une cinquantaine de fidèles bonapartistes, il débarque le 6 août dans le port de Boulogne. C’est un nouvel échec. De nouveau arrêté et fait prisonnier, le prétendant bonapartiste comparait cette fois-ci à partir du 26 septembre au 6 octobre devant la Chambre des Pairs. Jugé, il est condamné à la prison perpétuelle et interné au fort de Ham, dans le département de la Somme. Quelques temps plus tard, la Monarchie de Juillet décide du retour des cendres de son illustre parent. Celles-ci arrivent bientôt en provenance de Sainte-Hélène…

Lorsqu’il revenait sur son passé, Louis-Napoléon appelait cette époque de son existence " l’université de Ham ". Ces années furent en effet décisives pour l’élaboration de ses idées politiques et pour sa formation intellectuelle. En captivité, il s’occupe ainsi à l’étude et à la lecture. Le prisonnier, non déchu de ses droits civils, a en effet tout le loisir d’entretenir une correspondance. Il rédige également quelques ouvrages au contenu varié. Ses Études sur le passé et l’avenir de l’artillerie sont le moyen de rappeler les liens qui unissent l’armée aux Bonaparte. Il fait montre également de ses intérêt pour l’évolution des activités économiques avec L’Analyse de la question des sucres, question d’actualité en ce moment de bouleversement des campagnes françaises. Dans le même temps, Louis-Napoléon collabore avec des journaux républicains. De 1842 à 1845, il donne ainsi quelques articles dans Le Progrès du Pas-de-Calais. Ceux-ci sont à l’origine au mois d'août 1844 d’une nouvelle publication intitulée L’Extinction du paupérisme. Dans cet ouvrage, qui complète ses Rêveries politiques rédigées en 1832, le prétendant bonapartiste expose ses préoccupations sociales. Celles-ci s’inspirent des idées du philosophe socialiste Saint-Simon. Quelques mois plus tard enfin, le 25 mai 1846, il parvient à s’évader de sa geôle en revêtant les habits de travail d’un ouvrier du nom de Badinguet. Un patronyme qui dans un avenir proche sera bientôt élevé au rang de sobriquet… Louis-Napoléon gagne une nouvelle fois l’Angleterre, désireux plus que jamais de jouer un rôle dans la vie politique française.



C’est alors que la Révolution de février 1848 entraîne la chute de Louis-Philippe et voit l’avènement de la Seconde République. De son exil outre-Manche, Louis-Napoléon Bonaparte est élu le 4 juin lors des élections législatives complémentaires et dans quatre départements (à Paris, en Corse, dans l’Yonne et en Charente Inférieure). Attentif à cette initiative venue de partisans bonapartistes, il choisit cependant de demeurer à Londres. Louis-Napoléon démissionne dès le 16 juin et se refuse ainsi dans un premier temps à siéger à l’Assemblée constituante. De nouveau élu le 17 septembre et cette fois-ci dans cinq départements, il gagne alors la France, sûr de sa popularité auprès des Français. Arrivé à Paris, le 24 septembre, Louis-Napoléon Bonaparte s’installe à l’hôtel du Rhin, place Vendôme.

Cependant, les premières apparitions à l’Assemblée constituante du nouveau député, ses prestations oratoires donnent bientôt de lui l’image d’un piètre politique. Avec la promulgation de la Constitution, le 4 novembre 1848, de nouvelles élections sont organisées afin de donner un Président à la Seconde République. A côté du général Cavaignac, chef du Gouvernement et vainqueur des insurgés de juin, et d'Alphonse de Lamartine, à l'origine au mois de février précédant de la proclamation de la République, Louis-Napoléon Bonaparte, neveu de l'Empereur, se déclare candidat dès le 28 octobre précédent. S'il espère tirer profit du nom et de la légende qui entoure son oncle, Louis-Napoléon Bonaparte bénéficie également du soutien des conservateurs du Parti de l’Ordre. Ce cercle influent de royalistes se réunit à l’époque rue de Poitiers et compte dans ses rangs Adolphe Thiers, Alexis de Tocqueville ou le comte de Falloux. Ces conservateurs pensent ainsi manœuvrer sans grande difficulté celui que l’on assimile à " un crétin qu’on mènera ", suivant le mot de Thiers. Le programme du candidat se veut rassembleur. Il s'adresse à tous les Français, aux ouvriers comme aux propriétaires. Avec 5.534.000 voix soit 74.2 % des suffrages, Louis-Napoléon Bonaparte obtient très largement la majorité devant ses adversaires le 10 décembre suivant et est ainsi élu triomphalement. La crainte du " péril rouge " dans les campagnes a joué en sa faveur.



Louis-Napoléon Bonaparte prend ainsi possession de l’Élysée, adopté comme palais présidentiel par le nouveau régime. Le 20 décembre 1848, il jure de " rester fidèle à la République démocratique, une et indivisible ". Le nouveau Gouvernement est bientôt placé sous la présidence de l’orléaniste Odilon Barrot. De nouvelles élections législatives, organisées le 13 mai 1849, désignent une large majorité conservatrice à l’Assemblée. Le pouvoir échappe ainsi définitivement aux Républicains. La Seconde République est désormais aux mains des conservateurs.

Cependant, ses ambitions personnelles amènent Louis Napoléon Bonaparte à remettre en cause son alliance de circonstance avec le Parti de l’Ordre. Et un groupe de députés, surnommé le Parti de L’Élysée, soutient bientôt le Président face à la majorité des membres de l’Assemblée. Cette crise politique est d’ailleurs entretenue par l’ambiguïté des dispositions établies par la Constitution de 1848. Tandis que la responsabilité des ministres devant la Chambre des députés n'est pas clairement exprimée, les deux pouvoirs, celui de l’Assemblée nationale et celui du Président de la République, sont d'égale force. Aucun organisme n'est là, disposé à régler leurs conflits éventuels.

Désireux de se maintenir au pouvoir, Louis-Napoléon Bonaparte tente d'influer pour l'abrogation de l'article 45 de la Constitution du 4 novembre 1848. Celui-ci stipule que le Président de la République, élu pour quatre années, n'est pas immédiatement rééligible. Le Président parcoure le pays, se montrant à la population et entretenant ainsi sa popularité. Il multiplie également les gestes à l’égard de l’armée tandis qu’une campagne de pétition est organisée pour la modification de la Constitution. Le 13 novembre 1851, cette idée est repoussée par un vote à l’Assemblée législative. Il lui faut donc recourir à la force.

Un coup d'État est organisé les 1er et 2 décembre 1851, par le comte de Morny, demi-frère de Louis-Napoléon Bonaparte. Désireux de placer ces événements sous les auspices de Napoléon Ier, celui-ci choisit ainsi la date anniversaire de la victoire d'Austerlitz et du sacre de l'Empereur. Il fait ainsi occuper dans la nuit l'Assemblée nationale et arrêter de manière arbitraire d'éventuels opposants républicains. Tandis que ses troupes occupent la capitale, désormais en état de siège, le matin même, un "appel au peuple" est placardé sur les murs de Paris. Il annonce la dissolution de l'Assemblée et proclame le rétablissement du suffrage universel, revenant ainsi sur la loi du le 31 mai de l'année précédente qui avait restreint le droit de vote. La préparation d'une nouvelle Constitution, dont l'adoption sera soumise à un plébiscite, est également envisagée. Malgré quelques résistances à Paris, dans les régions du Centre et du Sud-Est les jours suivant, Louis Napoléon Bonaparte et ses partisans s'imposent en organisant la répression. Lors d’un référendum, qui se déroule les 21 et 22 décembre, il se voit ensuite confier par une large majorité des Français les pouvoirs nécessaires pour établir une nouvelle constitution. Ce nouveau succès pour Louis-Napoléon sonne le glas de la Seconde République.



Les principes du régime qui devait se mettre en place après ces événements sont soumis le 21 décembre suivant à un nouveau plébiscite. C’est un nouveau triomphe pour le Prince-Président qui conforte ainsi sa position. La nouvelle constitution est alors promulguée le 14 janvier 1852. Rédigée à la hâte, ce texte qui vante dans son préambule l'œuvre de l'Empereur des Français n'est qu'une imitation de la Constitution de l'an VIII. Désormais le pouvoir législatif sera soumis à un pouvoir exécutif fort aux mains du Président. Celui-ci est élu pour dix ans. Il nomme et révoque les ministres qui ne sont pas responsables devant la Chambre des députés. Celle-ci n’est d’ailleurs qu’une chambre d’enregistrement des décrets, à côté de laquelle se place le Sénat. Enfin le Conseil d’État est formé de personnages illustres, "chargés de préparer les lois et soutenant la discussion devant le corps législatif". Les pratiques politiques engendrées par ces dispositions entraînent donc un rupture avec la tradition parlementaire qui s’était imposée depuis quelques décennies.

Après un voyage en province effectué par Louis-Napoléon Bonaparte, ce régime autoritaire s'affirme. Par le décret du 2 décembre 1852 est proclamé le Second Empire. Cette décision avait été soumise à un nouveau plébiscite quelques jours plus tôt, les 21 et 22 novembre. Ceci n’entraîne que peu de changement dans la Constitution du 14 janvier 1852. Cependant l’Empereur prend bientôt le nom de Napoléon III, reconnaissant ainsi la désignation de Napoléon II en 1815. Le 30 janvier 1853, il se marie à Eugénie Maria de Montijo Guzman, fille d’un Grand d’Espagne. Celle-ci lui donne un fils, le Prince impérial, qui naît le 16 mars 1856. La descendance de la dynastie est désormais assurée et le nom de Bonaparte s’associe de nouveau au destin de la France.



La légitimité du pouvoir en place repose maintenant sur la popularité et l’adhésion des Français à la personne du chef de l’État. Ce dernier ne peut d’ailleurs méconnaître la pratique instaurée depuis la Seconde République du suffrage universel masculin. Si les plébiscites se font rares désormais avec le rétablissement de l’Empire, les élections législatives qui se déroulent régulièrement tous les six ans conformément à la Constitution revêtent un véritable enjeu. Le souverain doit en effet veiller à ce que son image ne soit pas écornée par la désignation de représentants hostiles au régime. Aussi les autorités s’engagent activement dans chacune des campagnes électorales (en 1852, en 1857, en 1863 et en 1869). Le comte de Morny, nouveau Ministre de l’Intérieur avant de devenir Président du Corps législatif, instaure ainsi la pratique des " candidatures officielles ". Il recommande aux Préfets d’apporter leur concours aux candidats officiellement désignés par le Gouvernement. Ceux-ci sont appelés à les faire connaître auprès des populations, à financer leurs frais de campagne électorale. Dans ce contexte l’opposition est réduite au silence et à l’impuissance.

Cette adhésion des Français au Second Empire justifie également le contrôle exercé par Napoléon III sur la vie politique. Le 9 janvier 1852, un décret décide de l’expulsion de soixante-six députés républicains, hostiles au coup d’État du 2 décembre précédent. Et ces proscrits qui ont formé un Comité de résistance au coup d'État ne parviendront pas à faire entendre leur voix au moment de la proclamation de l’Empire malgré la publication d’une Lettre de protestation rédigée par Victor Hugo. D’ailleurs le contrôle des autorités sur la presse se renforce avec le décret du 17 février 1852. Les prérogatives des Préfets, représentants du Gouvernement, s’élargissent et les réunions de plus de vingt personnes sont interdites depuis le 25 mars suivant. Tandis que l’Empereur et l’Impératrice multiplient au cours de ces années les voyages en province, l’organisation de l’Exposition universelle à Paris en 1855 est également un grand moment de célébration du régime. Enfin, le 15 août 1852 est célébré pour la première fois la Saint-Napoléon, devenue fête nationale en l’honneur de la naissance de l’Empereur.



Le pouvoir impérial s’appuie également sur la brillante prospérité qui caractérise le début du règne de Napoléon III. Et celle-ci contraste avec la crise qui a assombri les dernières années de la Monarchie de Juillet. La personnalité de l’Empereur, relayée par l'action de son ministre Eugène Rouher, n’est d’ailleurs pas étrangère à cette rapide expansion que connaît la France du Second Empire. S’inspirant des théories saint-simoniennes, l’Empereur entend stimuler l’investissement. Il faut cependant pour cela que l’État prenne en charge la modernisation du pays. Celle-ci passe par le développement des réseaux de chemin de fer et de télégraphe, par l’aménagement des ports ou par la transformation des grandes villes sur le modèle du Paris d’Haussmann, Préfet de la Seine depuis 1853. En province, cette période voit également l’assèchement de la Dombe et de la Provence, le drainage des landes de Gascogne et d’Aquitaine, de la Sologne. Et la signature d’un traité de libre-échange avec l’Angleterre triomphante de la reine Victoria, le 23 janvier 1860, s’impose afin de stimuler l’économie. Ceci est également le but recherché avec le creusement du canal de Suez, qui commence le 25 avril 1859 sous l’inspiration de Ferdinand de Lesseps.

Car pour l’auteur de L’Extinction du paupérisme, la croissance économique est un facteur de progrès social. Celle-ci en augmentant l’offre d’emploi doit conduire à une amélioration de la condition des ouvriers. Napoléon III s’attache également à faire évoluer les institutions. Ainsi, le décret du 28 février 1852 autorise la création de sociétés de crédit foncier, destinées à assurer le développement de prêts hypothécaires. Le 26 mars suivant un autre texte de loi approuve la création de sociétés de secours mutuel. Celles-ci permettent désormais aux classes laborieuse de se prémunir contre l’accident et la maladie. Les préoccupations sociales de l’Empereur apparaissent aussi dans des mesures plus concrètes. Les voyages de la famille impériale sont ainsi l’occasion pour Napoléon III ou l’Impératrice Eugénie d’effectuer des dons, de patronner des œuvres.

Cependant, l’autoritarisme du régime apparaît également au grand jour dans le cadre de la législation du travail. Ainsi le 22 juin 1854, une loi est votée par le Corps législatif qui renouvèle pour les ouvriers le port du livret. Et depuis le 25 mars précédant la liberté d’association est prohibée.



Napoléon III est également soucieux du prestige de la France du Second Empire à l’étranger. Il entend ainsi restaurer en Europe son statut de puissance et son rôle d’interlocutrice. L’Empereur vise ainsi à revenir sur les pratiques diplomatiques issues du Congrès de Vienne. Il s’attache également à maintenir un équilibre international. S’il proclame le 9 octobre1852 lors d’un discours dans la ville de Bordeaux que " l’Empire c’est la paix ", la menace que fait peser le voisin russe sur l’Empire Ottoman dans les Balkans justifie d’une intervention militaire. Le 27 mars 1854, la France entre en guerre aux côtés de l’Angleterre contre la Russie des Tzars en Crimée. La prise de Sébastopol, le 10 septembre 1855, annonce d’ailleurs bientôt la fin du conflit. Un règlement entre les différents belligérants intervient l’année suivante lors du Congrès de Paris.

Celui-ci s’ouvre le 25 février et voit les représentants du Royaume de Piémont-Sardaigne, allié des vainqueurs, dénoncer l’état de soumission au voisin autrichien dans lequel se trouve la péninsule italienne. Se souvenant des engagement de sa jeunesse, l’Empereur se montre attentif à cette cause. Sa conviction est qu’il faut reconnaître le " principe des nationalités " et donc revenir sur le tracé des frontières européennes. Après l’attentat perpétré par le révolutionnaire italien Orsini, le 14 janvier 1858, Napoléon III, impressionné, se décide à rencontrer Cavour, Premier Ministre piémontais. Le 21 juillet suivant, l’entrevue qui a lieu à Plombières, dans les Vosges où l’Empereur prend les eaux, décide d’une alliance. La France interviendra face à l’Autriche afin de favoriser l’unité de l’Italie du Nord, en échange de quoi lui seront concédés les territoires frontaliers du Comté de Nice et de la Savoie. Le 3 mai 1859, la guerre est déclarée. Les victoires françaises s’enchaînent, à Magenta le 4 juin puis à Solférino le 24 juin. Cependant une insurrection éclate dans les États de l’Église qui menace le pouvoir temporel du pape Pie IX. Ceci mécontente les catholiques français qui, sous l’influence de Monseigneur Dupanloup, évêque d’Orléans, et de Louis Veuillot, directeur du journal L’Univers, se montrent bientôt hostile à la politique italienne du Gouvernement français. Redoutant également un intervention du Royaume de Prusse aux côtés de l’Autriche, Napoléon III se décide à mettre un terme à l’engagement français. Après les plébiscites organisés au mois d’avril 1860, le Comté de Nice et la Savoie sont rattachés à la France.

Au delà du continent européen, la France impose également son autorité sur de nouveaux territoires. Dans l’Océan Pacifique, la Nouvelle-Calédonie est annexée en 1853. Sur le continent africain, l’île de Madagascar ainsi que le littoral du Gabon sont bientôt sous l’autorité française. Les conquêtes coloniales se poursuivent aussi en Asie. La Cochinchine est annexée après un traité signé le 5 juin 1862 tandis que le Cambodge devient un protectorat français, le 11 août de l’année suivante. La France sous le règne de Napoléon III a donc retrouvé sa place de grande nation au sein du concert européen.



C’est alors que plusieurs mesures viennent assouplir le caractère autoritaire du régime. Celles-ci sont issues de la volonté et de l’initiative de l’Empereur qui estime le moment venu d’une libéralisation. Aussi le 24 novembre 1860, un décret accorde le droit d’adresse aux assemblées et institue la publicité des débats du Parlement. Dans les années qui suivent, le Corps législatif se voit également accorder le droit d’amendement avec la loi du 18 juillet 1866 et enfin le droit d’interpellation, c’est à dire la prérogative de critiquer le Gouvernement, à partir du 31 janvier 1867.

Ces mesures ont pour effet de renforcer l’opposition au régime. D’autant plus que la loi sur la presse, votée le 13 mai 1868 par le Corps législatif, supprime l’autorisation préalable. Le 6 juin suivant une décret concernant les réunions publiques accordent également le droit d’organiser des réunions électorales. Au printemps de l’année suivante se déroule alors une véritable campagne électorale en vue du renouvellement de l’Assemblée. Celui-ci se voit investie de nouvelles prérogatives le 8 septembre de la même année. Les députés partagent désormais avec l’Empereur l’initiative des lois.

Tandis qu’Émile Ollivier, un républicain rallié au régime, devient le chef du gouvernement le 2 janvier 1870, une ultime modification institutionnelle parachève cette évolution libérale du Second Empire. En effet, le sénatus-consulte du 21 mai suivant institue la responsabilité politique des ministres devant les assemblées. Cette décision émanant de la volonté de Napoléon III, ainsi que celles prises dans les mois précédents, constituent ainsi une véritable refonte institutionnelle. Au printemps 1870, ce nouveau régime, l’Empire libéral, reçoit l’approbation du peuple français grâce à un plébiscite organisé le 8 mai.



Cependant, après plus de vingt années de règne, l’Empereur, souffrant de calculs rénaux, est fatigué et affaibli. Avait–il encore les moyens de faire face à la montée des oppositions ? Malgré le décret signé le 15 août 1859 et amnistiant les proscrits du coup d’État du 2 décembre, celle-ci se faisait plus virulente grâce aux menées d’Adolphe Thiers qui demande devant le Corps législatif  le 11 janvier 1864 les cinq " libertés nécessaires " et de Léon Gambetta qui mène une vigoureuse campagne à Belleville, lors des élections législatives de 1869. Le monde ouvrier s’agite également, la loi du 25 mai 1864 tolérant de nouveau les " coalitions " ouvrières et les grèves pacifiques. L’Empereur s’est également aliéné le monde des affaires par sa politique libre-échangiste avec le concurrent anglais. Et l’autel, allié traditionnel du trône, s’est détourné du régime après l’intervention française en Italie du Nord. Enfin, au mois de février 1867, les troupes françaises doivent se retirer du Mexique où les avaient conduit l’ambition née chez l’Empereur d’une alliance avec l’Autriche. Les nations européennes assistent d’ailleurs pendant ces années à la montée en puissance de la Prusse.

Ainsi, le chancelier prussien Bismarck entend provoquer un conflit avec le voisin français afin de cimenter l’unité de l’Allemagne. La candidature d'un Hohenzollern au trône vacant d'Espagne suscite bientôt l'hostilité de Napoléon III. Celui-ci obtient la renonciation du prétendant, non celle des autorités prussienne. Le 13 juillet 1870, Bismarck adresse à l'intention de la presse un texte provocateur, la Dépêche d'Ems, où il affirme que Guillaume Ier a refusé de rencontrer l'ambassadeur français. Le 19 juillet 1870 et après le vote par le Corps législatif des crédits nécessaires à la mobilisation, la France déclare alors la guerre à la Prusse. Le commencement du conflit est marqué par une série de défaites à l’Est. Plutôt que d'utiliser ses troupes pour protéger Paris, Napoléon III se laisse alors convaincre, après plusieurs jours d'hésitation, d'entreprendre de délivrer Bazaine enfermé dans Metz. Le 1er septembre 1870, le souverain et les troupes françaises sont encerclées à Sedan. Après une journée de combats, l'Empereur choisit de se rendre. Il refuse cependant de traiter avec les autorités allemandes. La responsabilité en incombe donc à l'Impératrice, régente de l'Empire, et au Gouvernement.

Cependant, le 4 septembre, la foule des parisiens envahit le Palais-Bourbon, Gambetta y annonce la fin du Second Empire. Plus tard, à l'Hôtel-de-Ville, il se joint à Jules Ferry et Jules Favre pour proclamer la République. Un Gouvernement provisoire est alors formé tandis que l'Impératrice et le Prince Impérial gagnent Deauville et s'exilent bientôt à Londres. L'Empereur déchu est emmené en captivité en Allemagne le 5 septembre 1870. Il demeure ainsi au château de Wilhelmshohe, près de Kassel, jusqu'au mois de mars 1871. Commence alors un dernier exil en Angleterre où Louis-Napoléon Bonaparte a rejoint sa famille. Souffrant depuis plusieurs années de la présence d'une pierre dans la vessie, il est opéré le 2 janvier 1873. Quelques jours plus tard, le 9 janvier 1873, Louis-Napoléon Bonaparte décède, dans sa résidence de Camden Place, à Chislehurst, dans le Kent. Les funérailles, qui ont lieu le 15 janvier suivant, rassemblent une foule imposante - dont 4.000 Français ayant traversé la Manche pour rendre un dernier hommage à l'ex-Empereur. Depuis 1888, ce dernier repose au monastère de Farnborough, dans le sud de l’Angleterre.